24 Heures

12.09.2007

Où sont les hommes?

Le jour du lancement de la campagne des femmes radicales suisses en mars 2007, à Lausanne, Patrick Juvet chantait «Où sont les femmes?». Nous lui avons répondu en cœur «Iciiiiiiiiii!». Certains s’en sont amusés, d’autres offusqués.


L’égalité n’est-elle pas une évidence aujourd’hui? Eh non, pas partout. Il y a encore du chemin à faire, notamment dans le domaine de l’égalité salariale et de la répartition des tâches. Mais si nous pouvons effectivement, de nos jours, devenir médecin, mécanicienne ou conseillère d’Etat, nous le devons à ces pionnières tant décriées.


Qui sont-elles? Elles s’appellent Antonie Girardet-Vielle, Lucy Dutoit, Antoinette Quinche. Elles ont créé en 1907 l’Association pour les droits de la femme (ADF), qui fêtera son centenaire le 14 septembre. J’aimerais aujourd’hui leur rendre hommage. Et j’aimerais aussi dire à tous les hommes que nous ne sommes pas leurs adversaires, ni leurs concurrentes, mais bien leurs partenaires. Messieurs, vous êtes nombreux à avoir compris l’importance sociale, économique et politique de l’égalité des sexes. J’aimerais vous en remercier. Je sais que vous êtes là, à nos côtés, comme le furent, il y a cent ans, au côté d’Antonie, de Lucy et d’Antoinette, Charles Secrétan, Louis Bridel ou Benjamin Vallotton. Aussi, si on me demande «Où sont les hommes?», c’est avec plaisir que je peux répondre «Ici».

28.05.2007

Le partenariat entre les femmes et les hommes, une évidence, vraiment?

Pour mes filles, étudiantes, âgées respectivement de 23 et 24 ans, l'égalité entre les femmes et les hommes est une évidence. Lorsqu'elles ont appris que j'avais demandé à m'occuper du bureau de l'égalité, elles m'ont regardée avec des yeux ronds. A quoi peut bien servir encore un tel bureau? N'avons-nous pas acquis l'égalité, depuis le temps? Leur mère n'est-elle pas devenue greffière au Tribunal fédéral, avocate au barreau, puis Conseillère d'Etat, à l'instar des hommes?

Soyons résolument optimistes et commençons par nous réjouir d’une telle réaction. Elle signifie que, pour la nouvelle génération, les valeurs d'égalité et de partenariat entre les sexes semblent acquises. Beaucoup de jeunes hommes, de jeunes pères, le confirment d'ailleurs, et c'est magnifique, pour eux, pour elles, pour nos enfants.

"Celles qui réussissent sont souvent sans enfants"
La réaction de mes filles me laisse cependant aussi un peu songeuse. En effet, il me suffit d’ouvrir les yeux pour constater qu’il n’y a pas de femmes dans les étages supérieurs des entreprises – ou si peu – et que les femmes sont clairement sous-représentées en politique. Par ailleurs, les statistiques nous disent que celles qui réussissent aujourd’hui sont majoritairement des femmes sans enfants.

L’égalité, c’est pouvoir étudier et voter, mais est-ce suffisant ? Pour moi, l’égalité, c’est aussi et surtout pouvoir accéder aux postes à responsabilité tout naturellement, sans que cela ne provoque de psychodrames. C’est, pour les femmes, de pouvoir réussir une carrière professionnelle ou politique sans devoir renoncer à une vie de mère. Or, de cette égalité-là, nous sommes encore loin.

Mes filles risquent fort de découvrir une autre réalité en entrant dans le monde professionnel. L'égalité des chances d'accès à des postes à responsabilités et l'égalité des salaires sont des objectifs à atteindre mais pas la réalité d’aujourd’hui. La difficulté à concilier vie familiale et vie professionnelle et le parcours de la combattante qui en résulte sont intacts. Dans tous ces domaines, il reste un gros travail à faire.

"Pour une égalité dans les faits"
Par ailleurs, mes filles sont privilégiées dans le sens où elles ont grandi dans un milieu où la discussion est reine. Mais certaines n'ont pas cette chance. L'accès à la formation, la liberté du choix de vie n'est pas une évidence pour toutes. Des filles sont simplement laissées à elles-mêmes, sans repères, sans modèles rassurants et motivants. Nombre d'entre elles subissent de fortes pressions, qui les privent d'une bonne part de leur autodétermination dans leur choix de vie. D'autres encore sont soumises à des contraintes culturelles ou religieuses, difficiles à gérer dans notre monde moderne. Enfin, tandis que des adolescentes peuvent être confrontées à des agressions sexuelles de la part de « camarades », un nombre considérable de femmes subit toujours des violences conjugales.

Pour ces filles, pour ces femmes, l'égalité dans les faits, le respect de leur personnalité et de leurs droits individuels, sont encore à conquérir. C'est pour elles, principalement, que je veux continuer à faire avancer les choses, afin que le partenariat entre les femmes et les hommes, dans l’espace privé comme dans l’espace public, devienne vraiment la réalité quotidienne pour la société vaudoise dans son ensemble.

28.03.2007

Légendes de campagne

J’ai souvent fait campagne, mais c’est la première fois qu’une campagne me met à ce point sous le feu des projecteurs. Cette forte médiatisation a de bons et de moins bons côtés. Parmi les aspects positifs, il y a la possibilité de toucher une audience plus large. S’engager en politique, c’est faire passer des idées, proposer, expliquer, convaincre. Plus le nombre de personnes à qui l’on s’adresse est élevé, plus les chances d’avoir un véritable impact sont grandes.

Parmi les aspects négatifs, il y a ce que j’appellerais les légendes de campagne. Je pense à des affirmations totalement fausses qui circulent sur ma candidature et que rien ne semble pouvoir arrêter. Deux exemples.

On a écrit que Fulvio Pelli était à l’origine de ma candidature, qu’il avait décidé depuis Berne de m’imposer aux radicaux vaudois. Balivernes. Je l’ai déjà dit souvent et je le répète encore une fois : le parti radical suisse n’a joué aucun rôle dans la campagne vaudoise qui s’achève. Aucun. Ceux qui affirment le contraire n’apportent d’ailleurs jamais aucun élément de preuve pour soutenir leur thèse. Et pour cause : ils auraient beau chercher, ils ne trouveraient rien. Ma candidature a été portée, l’été dernier, par les femmes radicales vaudoises. Ce sont elles qui, en toute indépendance, ont décidé de proposer une femme à la succession de Jacqueline Maurer. et ce sont elles qui m’ont approchée pour savoir si j’étais partante. Ce sont elles, enfin, qui se sont très fortement engagées durant toute la campagne pour me soutenir. Qu’on le veuille ou pas, telle est la réalité – une réalité d’ailleurs pas si banale que ça, puisque c’est la première fois que les femmes radicales vaudoises assument pleinement leur rôle politique.

L’autre légende a été lancée à dessein par mes adversaires politiques dès le début de la campagne. On a voulu me faire passer pour une « dure » à la botte du Centre patronal. Encore une erreur factuelle. Dans le cadre de cette campagne, j’ai certes noué des contacts étroits avec les patrons de PME – comme d’ailleurs avec des fonctionnaires, des enseignants, des syndicalistes, etc. – pour entendre leurs revendications et mieux comprendre la réalité du terrain et les problèmes qu’ils rencontrent. Et, dans ce contexte, j’ai aussi fait la connaissance des dirigeants du Centre patronal, qui sont des acteurs économiques importants. Mais je précise bien : « j’ai fait la connaissance des dirigeants du Centre Patronal ». Avant d’avoir été choisie par les radicaux le 30 septembre 2006, je ne les avais tout simplement jamais rencontrés. Comme le parti radical suisse, le Centre Patronal n’a joué aucun rôle particulier dans ma candidature, ni avant le 30 septembre ni d’ailleurs après.

A l’évidence, cela continue à en surprendre beaucoup, mais une femme peut aussi être capable de faire de la politique de manière indépendante, sur la base de ses convictions, sans recevoir d’ordres de personne.

 

Jacqueline de Quattro