24 Heures

07.04.2008

Simone de Beauvoir, la reine mère

La Reine mère, c'est ainsi que la nomme Elizabeth Badinter dans le numéro spécial des Temps modernes qui lui est consacré. Les Temps modernes c'était sa revue, sa famille, sa maison aussi. La décision du comité éditorial de lui consacrer un numéro spécial fut naturelle et unanime. Ce passionnant opus sort en même temps qu'un livre remarquable, sorte de promenade philosophique et littéraire au pays de Simone de Beauvoir, intitulé "le privilège de Simone de Beauvoir" de Geneviève Fraisse, féministe de la première heure qui connut Simone de Beauvoir.

Ces deux ouvrages viennent clôturer les hommages qui, en France, se sont multipliés depuis janvier pour commémorer son centenaire.

Mais Simone de Beauvoir ne se commémore pas. Elle échappe à l' officiel, aux honneurs, à l'hagiographie. Simone, par ses écrits, est toujours là, vivante, bien vivante, vibrante,complexe, politiquement incorrecte, malicieuse, pourfendeuse de bienséances, toujours en lutte contre tous les cliché, libre, si libre que sa pensée est encore aujourd'hui explosive.

Simone la voyageuse, Simone qui, lorsqu'elle découvre une ville, ne va pas d'abord dans les musées mais dans les zones chaudes et opaques la nuit, là où palpite le désir et où se pratique le commerce illicite du sexe. Simone l'intellectuelle, celle qui possède le privilège de l'être pour reprendre la théorie de Geneviève Fraisse et qui transforma ce privilège personnel en arme collective pour toutes les femmes.

Simone notre mère, celle qui nous apprit qu'être femme n'était ni un destin ni une calamité. Celle qui nous indiqua le chemin de l'indépendance matérielle, de l'égalité intellectuelle et aussi de la possibilité de se vivre comme femme sans pour autant n'avoir qu'à en plaire pour se faire accepter du monde.

On la traita de tout
Sont, dans ces deux ouvrages, rappelés le scandale que provoqua la publication du Deuxième Sexe. On la traita de nymphomane, de lesbienne, de mal baisée, et même de Penthésilée de St Germain des Prés. Amazone, oui elle l'était, guerrière aussi avec toujours cette indifférence aux calomnies, cette sérénité intérieure qui lui permettait d'avancer sans être blessée tant elle savait que ses théories étaient basées sur des connaissances, de la réflexion, de l'argumentation.

Il existe d'innombrables Simone de Beauvoir: la théoricienne, la politique, l'amoureuse, la philosophe, l'amie, la fille de sa mère, l'auteur d'un des textes les plus bouleversants sur la disparition d'une mère. Celle qui s'imprime en lettres de feu dans notre mémoire collective est celle d'une femme qui a changé, nous les femmes, notre rapport au monde, qui nous a rendu à la fois plus légères, moins coupables et qui nous a donné l'élan de croire que, nous aussi, comme les hommes, nous faisions partie du monde.

Aux hommes aussi elle a beaucoup apporté: le numéro des Temps modernes en témoigne: Claude Lanzmann, pour la première fois, parle de sa relation amoureuse en termes à la fois pudiques et magnifiques et cette image de Simone grande intellectuelle devant l'Eternel mais aussi - plus le temps avance plus on en apprend- Simone l'amoureuse de l'amour, Simone toujours en quête du bonheur. Simone la solaire, celle en qui on peut aller se resourcer toujours et encore car, dans ses écrits, subsiste encore et à jamais le souffle du désir de liberté et l'indépendance d'esprit.

Les Temps modernes, la transmission Beauvoir.

Geneviève Fraisse. Le privilège de Simone de Beauvoir. Actes Sud

Trackbacks

Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lesquotidiennes.blog.24heures.ch/trackback/11670

Commentaires

Un grand BRAVO !

... Vous voyez!... Quand vous voulez...

Ecrit par : Père Siffleur | 07.04.2008

Félicitation en effet !

Ecrit par : robot piscine | 28.11.2009

Écrire un commentaire