02.04.2008
Photo en noir et blanc
Essayez de vous représenter la photo: posée sur l’étagère, entourée d’un beau cadre clinquant, la mariée, noire, en robe blanche donnant le bras à son époux, blanc, en costume noir. Moi aussi j’ai souri en la voyant. Une photo qui m’a fait penser aux pingouins que j’aime tant, et qui pourrait aussi bien être l’original que le négatif!
Drôle certes, mais surtout drôlement courageux. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que ceux qui se lancent dans un mariage interculturel auront un peu plus de pain – blanc ou noir – sur la planche déjà bien garnie des concessions et des ajustements à faire pour réussir une vie commune. Exemple?
Une de mes patientes, suissesse, a récemment mis au monde deux magnifiques bébés café au lait. Café d’Afrique et lait de nos vaches suisses. Deux petits renversés, qui d’ici quelques mois vont à leur tour renverser bibelots et biberons, remplis de breuvages collants. Je ne croyais pas si bien penser: dans le petit salon familial trônaient deux canapés en tissu blanc immaculé, fraîchement livrés sur lesquels j’hésitais même à m’asseoir.
«C’est parfait, me suis-je dit, les bébés vont être ravis, un canapé chacun à décorer avec dix petits doigts poisseux».
J’ai suggéré à la maman d’acheter des protections pour ses beaux sofas, histoire qu’ils n’aient pas changé de couleur d’ici un an. Tiens, elle n’y avait pas pensé. Normal, avant l’arrivée de leur premier enfant, qui ose prédire à ces jolis couples bien installés qui se réjouissent de pouponner qu’un cataclysme va s’abattre sur eux? Et parfois même deux!
Et puis… et puis, dans la chambre adjacente il y avait le bureau du papa. Africain, musicien, il avait entreposé là tous ses instruments ethno de formes les plus diverses et loufoques et tapissé les murs de quelques peaux d’animaux sauvages. Plus deux bébé-relax à côté d’un grand tam-tam.
Choc des cultures… Deux bambins vont grandir là, avec d’un côté une maman qui va tenter de préserver ses canapés et de l’autre un père qui va les initier – et il aura raison – au sens du rythme de la savane où les taches de léopard et de bouillie se confondent sans que ça ne dérange personne.
- Tu sais, c’est plus vite fait de foncer un blanc que d’éclai’cir’ un noir, me dit le papa, en m’adressant un éclatant sourire digne d’une pub de dentifrice.
- Ah bon? Comment ça?
- Ben ouais, tu c’oises un noi’ avec une blanche, il est déjà cacao. D’un seul coup. Tu veux le faire ‘edeveni’ blanc? Il faut au moins t’ois ou quat’e géné’ations! T’as vu?
- Et moi je cherche une Mama Africa pour garder les bébés quand je retournerai au travail, vous n’en connaissez pas une, par hasard? me demande la maman
Non, malheureusement je n’en connais pas. En Suisse, il faut s’inscrire dans les crèches dès la conception, respecter les horaires stricts si on a la chance d’en trouver une et payer réglo si on veut y rester.
A quand l’idée d’ouvrir un club de Mamas Helvetia ?
11:07 Publié dans Lila Sonderman | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
Vous avez tout faux partout.
Un: c'est le noir qui est un caractère récessif. Plus personne ne s'apercevra de la face sombre de l'ascendance de vos métis quand ils auront des enfants. Lire ou relire "Half a life" de VS. Naipaul, auteur majeur pour qui voudrait connaître un peu l'Afrique (en particulier "On the bend of the River").
Deux: je n'ai pas de problème de garderie d'enfants mais de personne âgée en fin de vie. Et comme prévu, la personne en question est noire. Française, mais noire. Vous ne trouverez personne d'autre pour faire ce travail, mais surtout aussi bien, avec autant de classe, de savoir-faire et de patience. Chapeau bas et remerciements à toutes ces femmes qui savent encore le plaisir qu'il y a à faire du bien sans tout laisser tomber lorsque sonnent les 17 heures.
Ecrit par : Géo | 02.04.2008
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