31.12.2007
Les machos le sont bien moins lorsqu’ils n’ont pour enfants «que» des filles…
La loi salique. Une expression juridique qui nous rappelle de lointaines leçons d’histoire. Lorsque l’on nous apprenait que cette dure loi, qui pourtant n’a pas toujours existé, justifiait l’exclusion des femmes du droit de succession à la terre et de la succession à la couronne de France, notamment.
30 décembre 2007. L’ex-roi Michel de Roumanie, qui a abdiqué il y a 60 ans sous la contrainte des communistes, demande au Parlement de «renoncer à l’application de la loi salique», nous dit l’AFP. Ce dans le cas où son pays déciderait le rétablissement de la monarchie. Lors d’une cérémonie, l’ancien roi a signé les nouveaux statuts dynastiques de la famille royale. Et a désigné sa fille aînée Margareta comme son «successeur». (n.d.r.l. de quoi faire déconner le correcteur orthographique).
Que nous vaut ce rétablissement anachronique de l’égalité? C’est que l’ex-souverain et son épouse Anne de Bourbon Parme ont eu cinq filles. Aucun héritier mâle! Du coup le petit fils naturel de Carol II tentait sa chance depuis des années, essayant de se faire reconnaître comme héritier de Michel…
C'était sans compter sur l'habileté de Michel. Hop, on enlève la loi salique, on ajoute un alinéa précisant que tout descendant de Carol II est exclu de la succession, et le tour est joué.
Qui a dit que les hommes deviennent plus ouverts à l’égalité lorsqu’ils n’ont «que» des filles?
14:56 Publié dans La rédaction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Chapeau bas, Charles Kleiber
Dans ma vie, j’ai été étroitement liée à la gestion de sociétés en démarrage, de PME industrielles, de sociétés de services, de sociétés familiales, de sociétés cotées en bourses, de sociétés à but non lucratif, d’institutions académiques, de fondations et d’associations. Et à mon avis, le plus grand défi de management est la gestion d’une université.
Imaginez-vous tous ces professeurs et assistants, chercheurs et autres individus d’intelligence supérieure à la moyenne. Tous spécialistes dans leur domaine et tous individualistes. Le travail d’équipe n’est franchement pas leur terrain de prédilection. Ils estiment chacun non seulement avoir voix au chapitre, mais sont en plus sûrs de leur opinion.
Le système universitaire étant largement basé sur le mérite, ce n’est pas un environnement démocratique où la majorité peut imposer son choix. Un président d’université américaine m’a une fois avoué que diriger son école, s’était comme essayer d’assembler un troupeau de chats pour les conduire dans une direction donnée.
Le paysage universitaire suisse a été passablement secoué en 2007, et des changements non planifiés sont intervenus à la tête des universités de Genève, Neuchâtel et de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich pour ne citer que ceux-là. Quels que soient les forces et faiblesses, les succès et erreurs, l’évolution des situations internes et externes terriblement médiatisées et souvent politisées de chacun de ces recteurs/présidents, nous leur devons une énorme reconnaissance pour avoir, à leur façon, essayé de piloter ces institutions.
Et s’il devait n’y avoir qu’un poste, le plus difficile, ce serait celui du Secrétaire d’état à la recherche et à l’éducation. A l’heure du départ de Charles Kleiber après dix ans dans cette fonction, des bilans et éloges qu’on peut lire un peu partout, il n’y a qu’une expression qui me vient à l’esprit – bravo et chapeau bas.
10:01 Publié dans Beth Krasna | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
29.12.2007
Ils ont tué Benazir
C’est volontairement que je l’appelle par son prénom. Qui se souvient du prénom de Gandhi, de Kennedy, si ce n’est à cause de JFK, ou de Adenhauer? Mais Benazir était une femme. Quelle souffrance, ce verbe au passé. Je l’appelle par son prénom parce que les femmes, même les plus grandes, portent toujours leur prénom: il nous reste collé à la peau de l’intimité intérieure. Parce qu’une femme publique, ce n’est pas la même chose qu’un homme public, et qu’aujourd’hui encore, une femme publique est avant tout une femme, fût-ce la première et la meilleure dans son domaine. On a eu Clinton, on aura – peut-être – Hillary. Notre prénom, comme une marque de fabrique.
C’est pourquoi je dis ils ont tué Benazir. Ils n’auraient pas dû tuer Benazir.
Ils ont tué, cette fois-ci, à l’intérieur. A la fois l’un des leurs et l’une des leurs. A la fois le représentant de l’opposition pakistanaise et une femme de pouvoir. Ils n’ont même plus l’excuse – même s’ils n'est jamais aucune excuse – ils n’ont même plus la moindre pseudo tentation de justification fumeuse que certains avaient bien voulu leur trouver à l’époque – de vouloir lutter contre l’ennemi de l’extérieur, l’impérialiste américain, le poison des civilisations, le tueur à grande échelle. Benazir était des leurs. Ils ont voulu faire d’une balle des millions de coups et démontrer que les femmes ne sont pas des leurs. Ils ont essayé de tuer la démocratie dans l’oeuf. Bien sûr, ils n’y arriveront pas, à tuer la démocratie: mais cette affirmation procède aujourd’hui d’une volonté absolue bien plus que d’une certitude acquise.
Axel Kahn, vous qui m’avez appris, il y a longtemps, que le développement de la science et celui de la démocratie vont de pair et que les deux sont indissociables de la présence des femmes, aux côtés des hommes, dans les laboratoires comme dans les parlements et vous tous, Messieurs, qui croyez en la démocratie, vous tous qui portez la conviction qu’”islam” se conjugue au féminin avec “démocratie”, levez-vous, maintenant, tout de suite, et encore, en masse, partout, et dites-leur, haut et fort, non, vous n’auriez pas dû tuer Benazir, car il faut aussi que vous vous disiez cela entre vous, d’homme à homme, que plus jamais, dans les années à venir, on ne tue Benazir.
08:28 Publié dans Barbara Polla | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
28.12.2007
Hillary Clinton, la femme la plus admirée des Américains
A l’heure des prix et des sondages, en voici un qui ne surprendra peut-être personne: Hillary Clinton vient en tête du classement réalisé par USA Today/Gallup et diffusé le 27 décembre. A la question: «Quelle femme vivant dans n'importe quelle région du monde admirez-vous le plus», 18% des personnes interrogées répondent Hillary Clinton.
La candidate aux élections présidentielles est suivie de près par l’animatrice de télévision Oprah Winfrey (16%). Loin derrière, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice obtient 5%, l'actrice Angelina Jolie et l’épouse du président Bush affichant 3%. L'ex-Premier ministre du Pakistan Benazir Bhutto est citée par 2% des sondés, interrogés une dizaine de jours avant son assassinat, jeudi.
Côté masculin, George W. Bush vient en tête, avec 10% des votes, devant Bill Clinton (8%). Le président en exercice a généralement toutes les chances d’être «l’homme le plus admiré» des Américains, selon ce sondage. Comme quoi ces chiffres ne donnent aucune information quant aux préférences politiques de ces derniers.
17:00 Publié dans La rédaction | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
La liste de Carla
24 décembre, Claire 32 ans, et Gérald 36 ans, mangent en tête-à-tête dans leur salon-salle à manger.
Claire: Et dire qu’ils vont aller au Winter Palace à Louxor…
Gérald: Qui ça ?
Claire: Nicolas et cette sal… enfin, Carla Bruni.
Gérald: Et alors?
Claire: Je sais pas pourquoi mais ça m’insupporte. Mais qu’est-ce qu’il lui trouve! Carole Bouquet au moins ça aurait eu une autre gueule que cette grande bringue qui se la pète. En fait je suis déçue, oui c’est ça, déçue…
Gérald: Déçue?
Claire: Oui, je comprends pas qu’un type aussi intelligent tombe dans le panneau de cette fille.
Gérald : Moi je comprends assez bien. Elle est très sexy. Je me demande plutôt ce qu’elle peut lui trouver. Il ressemble de plus en plus à Jean Lefèbvre. Avec le pouvoir en plus évidemment. Et vous les femmes, rien à faire, l’argent et le pouvoir ça vous transforme n’importe quel nabot en prince charmant.
Claire: Eh bien non justement, je vais te le dire ce qu’elle lui trouve. Parce que ça fait des jours que ça me travaille…
Gérald: Tu sais tu commences à m’inquiéter. Depuis le mois d’avril, je crois bien qu’il n’y a pas un jour où tu m’as pas parlé de Sarkozy. Sarko et Ségolène, Sarko avec Cécilia, Sarko sans Cécilia… Et maintenant tu comptes le suivre en vacances? J’ai été assez patient mais là, j’avoue que pour Noël, j’aimerais une trêve.
Claire: Tu vois, tu prends la défense de cette garce. Ah elle sait y faire!
Gérald: Une garce, carrément? Parce que c’est une belle femme qui vit librement? Moi qui croyais vivre avec une féministe…Voilà que je réveillonne avec Christine Boutin.
Claire: Une belle femme libre qui se couche devant le pouvoir. Tu viens de le dire.
Gérald: D’abord elle se couche pas devant, elle couche avec. Nuance. Et puis fiche leur la paix, ils font ce qu’ils veulent. Nous par contre…
Claire: Je vais lui écrire. Je veux l’avertir du danger.
Gérald : Ma chérie, rassure-moi, c’est le champagne?
Claire: Mais c’est tellement évident. C’est le fils qu’elle vise. Comme avec l’autre.
Gérald: Je vais te faire un café. Et si ça va pas mieux, deux aspirines, et dodo. Et puis le 24 à deux, c’est la dernière fois. Je crois que je préfère encore aller chez tes parents.
Claire: Tu ne veux pas m’écouter. Mais elle a déjà fait ça, elle sortait avec l’éditeur de BHL, et elle l’a plaqué pour son fils! Faut quand même le faire, non? Ou tu vas encore lui trouver des excuses?
Gérald: Pour le fils de BHL ?
Claire: Mais non, pour le fils de l’éditeur avec qui elle sortait, Enthoven, je crois. Et avec ce fils elle a même eu un enfant. Pour finalement le quitter à son tour. Rien ne l’arrête. Moi je te prédis rebelote avec Sarko. Elle va se lasser comme d’hab, et elle va jeter son dévolu sur le fils Pierre, tout beau, tout jeune…Dans une interview elle a dit que les ruptures lui donnaient à chaque fois l’impression de rajeunir. Alors rompre pour un plus jeune, ça doit faire double impact: lift plus collagène! Je vais écrire à l’Elysée. Il faut empêcher ça.
Gérald: Bon, si je continue à t’écouter je vais en effet prendre un coup de vieux. Puisque c’est trop te demander de changer de sujet, moi je vais changer d’air. Alors je sors le chien, et je t’avertis, si à mon retour tu me reparles de ça, tu peux faire tes valises pour l’Egypte. Je passe pas le Nouvel An avec une Sarko-intoxiquée.
Manon Pulver, auteure de la pièce "Au bout du rouleau", qui s'est jouée en décembre à Genève, rédigera désormais des dialogues fictifs chaque semaine.
16:30 Publié dans Manon Pulver | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.12.2007
Naissance un Nouvel An à Echallens
Décembre 1919. Justine attend son premier enfant pour le début du printemps. Elle a vingt ans et vit avec ses parents qui travaillent la terre. Le soir du Réveillon, qu’ils s’apprêtent à fêter simplement avec les produits de la ferme, un gros saucisson, une bonne bouteille et des conserves de griottes que la mère a soigneusement préparées pendant les récoltes, Justine a un peu mal au ventre.
Elle sent l’inquiétude monter, qu’elle essaie de chasser en préparant la table pour la famille et les quelques voisins qui viendront trinquer. On ne se couche pas tard chez Justine, même le soir du Réveillon parce que le lendemain il faut bien gouverner. Vers dix heures du soir, alors que tout le monde a les yeux brillants et que la bonne humeur règne autour de la table de la cuisine, les douleurs se font plus intenses et Justine doit s’allonger.
Elle sait que ce n’est pas la digestion qui lui joue un tour et demande à sa mère d’aller chercher la sage-femme au village. Elle pressent que enfant n’attendra pas le printemps, ce que lui confirme la sage-femme en arrivant à son chevet. L’accouchement est inévitable, et il faut se préparer, il manque trois mois, c’est beaucoup…
Vite, on fait chauffer de l’eau et on prépare des linges propres. Dehors la neige s’est mise à tomber à gros flocons et l’ambiance n’est plus à la fête. Justine a mal, les contractions sont fortes et elle a peur… La Maternité de Lausanne se trouve à vingt kilomètres et un voyage à cette heure-là de la nuit est impossible, elle le sait bien.
Un peu avant minuit, une toute petite fille voit le jour.
-Elle pèse moins d’un kilo, je ne sais pas si elle vivra, mais il faut espérer et prier parce que les filles sont plus robustes, dit la sage-femme en emmaillotant l’enfant qui est ensuite déposée dans de la ouate dont on a tapissé une petite corbeille. Alors que la sage-femme attend la délivrance, surprise, ce n’est pas l’arrière-faix qui sort, mais… une deuxième petite fille, plus petite encore que sa sœur mais qui, elle aussi, crie immédiatement. C’est bon signe.
Il est minuit et demi, tout le monde va se coucher alors qu’un lourd silence règne dans la maison. On a installé les petites jumelles côte à côte, près du poêle, il faut attendre le lendemain, mais les espoirs sont aussi chétifs que les bébés… On murmure des prières avant de s’endormir…
Lorsque la sage-femme revient au petit matin, un double miracle a eu lieu ! Les deux bébés respirent toujours. Elle décide alors de les transférer à l’Hôpital où elles pourront être placées en couveuse. Il faut atteler un cheval et installer dans la charrette la corbeille avec les bébés emmitouflés, entourés de sacs de noyaux de cerises chauffés. Le voyage est périlleux pour les petites prématurées, la route est caillouteuse et gelée, le froid mordant et il faut plus de deux heures pour parcourir le trajet...
Mais les anges gardiens ont veillé et les fillettes sont arrivées saines et sauves à Lausanne, où elles ont reçu les soins attentifs des diaconesses pendant deux mois, après quoi elles ont pu rentrer chez elles, en bonne santé.
C’étaient des «vraies» jumelles, comme on dit couramment, et elles sont restées inséparables. L’une d’elle s’est mariée et a eu un fils, l’autre est devenue cuisinière et a bien rattrapé son poids de naissance ! Elles ont vécu jusqu’à plus de septante ans…
Ce récit, c’est leur sœur cadette qui me l’a raconté. J’y ai appris des choses étonnantes sur le travail de sage-femme d’autrefois.
Et vous, qu’avez-vous appris de cette belle histoire? Qu’en 1920 on pouvait naître trois mois trop tôt et quand-même survivre? Que les couveuses existaient déjà à cette époque? Ou qu’on peut être jumelles et ne pas être nées la même année?? Peut-être les trois…
16:03 Publié dans Lila Sonderman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Jardin secret
C’est d’abord une brûlure au fond du cœur qui lui a fait froid dans le dos. La douleur du soupçon. Depuis le début de son mariage, Louise ne se rappelle pas avoir éprouvé cette petite secousse de l’âme, qui fait que tous les remparts contre la douleur, échafaudés au cours d’une vie, se fissurent irrémédiablement. Les ongles de son mari lui ont chatouillé la confiance en premier. Manucurés. Son Georges elle l’avait toujours aimé bourru et le voilà qui devient coquet, l’ongle propre, carré, limé.
Et puis des cadeaux. Son mari l’en recouvre, comme pour s’excuser par avance d’une future tempête. Ensuite, une passion soudaine pour les échecs qui obligent son manucuré de mari à s’absenter de plus en plus souvent pour s’adonner à ce sport cérébral. De nouvelles expressions fleurissent dans la bouche de George. «C’est fabuleux», il ne disait jamais ça avant et voilà qu’il trouve tout «fabuleux».
Ce qui a été beaucoup moins fabuleux, c’est la lettre d’amour trouvé par Louise, avec un détail qui l’a poignardée: elle datait d’il y a trois ans. Il la trompe depuis trois ans. Louise s’asseoit, repasse en boucle les trois années écoulées, les vacances en Grèce, les soirées entre amis. Elle n’a rien vu. L’adultère, c’est un peu comme deux acteurs qui jouent dans le même film, mais l’un des deux n’a pas le scénario en main. Pourtant Louise n’en veut pas à Georges, elle aussi aimerait revivre ce souffle vital qui aère le cœur et emporte l’âme, cette révolution intime qui s’opère lorsqu’on tombe amoureux. Elle aimerait bien bouturer certaines fleurs du jardin secret de son mari pour respirer un peu de cette liberté qu’il s’autorise.
Louise sanglote, se regarde dans le miroir et se dit qu’elle n’est pas si vilaine que ça finalement. C’est décidé, elle appellera Monsieur Mund, celui qui lui avait dit en rosissant «Vous présentez bien». Louise cache ses bras flasques sous des manches longues en soie, se maquille un peu plus que d’habitude. Elle s’empare du téléphone pour appeler Monsieur Mund et se donne du courage en disant à haute voix: «Zut! Je n’ai encore que 85 ans, je ne vois pas pourquoi je ne m’amuserais pas un peu aussi.»
16:01 Publié dans Natacha Koutchoumov | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24.12.2007
Le goût du chocolat périmé
La journaliste serbe Milica Laufer nous raconte ici un souvenir de ses premiers mois passés en Suisse:
Parmi mes nouvelles connaissances suisses se trouve quelqu’un qui pourrait bien devenir un ami. Dans ce tea-room au bord du lac, il s’merveille du fait qu’au-delà de la ponctualité des trains suisses, des toilettes propres et des cygnes sur le lac, je sois ensorcelée par le choix de boîtes de chocolats sur les rayons de la Coop.
Ce dont je me souviens de mon enfance, à propos des boîtes de chocolats, c’est le goût pourri des pralines fourrées de pâte rose: nous les mangions toujours lorsqu’elles étaient périmées. Parce que ces boîtes, avec la petite fille qui pleure sur le couvercle, étaient d’ordinaire bien conservées, soit pour une occasion particulière, soit pour être apportées lors d’une visite, ce qui était leur manière habituelle d’arriver à la maison. Ainsi, comme les chansons populaires, elles étaient portées d’un foyer à l’autre jusqu’à la date de péremption. Elles étaient surtout offertes aux institutrices et aux doctoresses lors du 8 mars, journée de la femme.
J’étais convaincue qu’au paradis du chocolat, la boîte faisait partie du quotidien. En un instant mon nouvel ami détruit mon illusion que les Suisses en mangent tous les jours au dessert. Plein d’enthousiasme, il m’explique le style de vie suisse, comment on achète seulement du chocolat en plaques, et que les enfants sont trop contents lorsqu’ils reçoivent ces grosses plaques de 300 grammes ou ces Toblerone d’un demi kilo, et qu’ils n’achètent ces luxueuses boîtes de chocolat que lorsqu’ils vont en visite chez des petites vieilles.
C’était l’un de ces petits plaisirs auxquels je rêvais lorsque je suis arrivée ici. Ainsi j’avais déjà fermement indexé un budget régulier de boîtes de Noël de Lindt, qui sont les plus brillantes et les plus attrayantes. Mon ami se demande ce qu’il y a de tellement meilleur dans ces boîtes en comparaison des excellents chocolats meilleur marché. D’abord, je ne sais pas comment lui expliquer ma faiblesse pour les boîtes. Donc je fais venir la serveuse la plus souriante et lui demande une de mes boîtes préférées. Je crois que mon ami comprend lorsque je commence à saliver rien qu’à la vue de cette apparition sucrée. «Tu vois cette délirante possibilité de choix? Eh bien, c’est ça le meilleur, dans le chocolat!»
09:56 Publié dans La rédaction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Le business du coeur
Oh non, c’est Noël et j’ai envie de parler de Jeff Koons, l’artiste vivant le plus cher au monde depuis novembre dernier où les enchères ont fait exploser son Hanging Heart à plus de 23 millions de dollars. Cette pièce fait partie de sa série «Celebration». Et bien que le Hanging Heart ait l’air tout légèrement suspendu à un ruban, ce coeur monumental pèse près de 1,5 tonne.
Jeff Koons est désormais on The Top. C’est normal, c’est le plus grand, le seul qui sache vraiment faire parler la matière depuis la disparition de Francis Bacon, il y a quinze ans. Jeff Koons aura toujours quinze ans. Et Bacon ne disparaîtra pas une seconde fois.
Creuser la chair en la mettant en feu
«Et tous les cinq prirent de la braise rouge dans l’âtre embrasé, et ils en saupoudrèrent ce visage, qui n’était plus un visage. Le feu s’éteignit dans le sang, la braise rouge disparut dans ces plaies comme si on l’eut jetée dans un crible.» Cette phrase, dans la grande scène de torture qui ouvre l’histoire de L’Ensorcelée, le magnifique roman de Barbey d’Aurevilly, pourrait sortir de plusieurs tableaux de Bacon.
Quand il affrontait son sujet, son tableau, le spectateur et le monde entier avec de la braise rouge, une épée de matador, une cuvette d’acide ou quelquefois, par un beau jour de suicide, un simple couteau de boucher, c’est pour faire la même chose que Koons: creuser la chair en la mettant en feu, la brûler en lui faisant l’amour, jusqu’à ce qu’il ne reste plus d’un visage que sa «monstrueuse abstraction». Ce visage, qui n’était plus un visage. Ce cœur énorme, vulgaire et repoussant, mais pour une fois tellement sexy. Dans la vie, le cœur n’est jamais sexy.
Comparez le Michael Jackson de Koons avec le vrai, sur la pochette de Bad. Le vrai aura beau vouloir se faire une tête de marbre à tant se retirer de peau et de sang, c’est celui de Koons, encore plus horrible, prémonitoire, un os de seiche maquillé à mort, que j’ai envie de prendre dans mes bras pour qu’il y sèche ses larmes. C’est ça l’amour. Il est si courtois Jeff, il ne veut que vous faire plaisir. Il est payé pour ça. D’ailleurs ça n’a plus de prix.
Joyeux Noël à tous, Hanging Heart pour chacun.
09:52 Publié dans Caroline Lang | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
A 81 ans, la reine Elisabeth se met à Youtube
Il n'est jamais trop tard pour s'y mettre. A 81 ans, la reine d'Angleterre diffusera ses traditionnels voeux télédiffusés sur Youtube. Les plus impatients peuvent regarder les archives filmées de la famille royale sur le site Royal Channel. On y voit notamment le premier message donné par sa Majesté à la télévision en 1957.
09:49 Publié dans La rédaction | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note