24.09.2007
La Question humaine
On attendait ce film depuis longtemps. On savait que Nicolas Klotz, cinéaste qui s'intéresse uniquement aux formes d'oppression - exil, immigration - en faisant à la fois un travail de de documentaire et de fiction entremêlé avait acheté les droits du livre de François Emmanuel, paru en 2OOO et qui, alors, fit grand bruit. Cet auteur, médecin de province et écrivain par passion, avait, dans "La question humaine", abordé une problématique, par définition non romanesque puisque difficilement nommable: ce que l'auteur appelle la question humaine et que nous pourrions traduire maladroitement, approximativement par: ce que font certains hommes à d'autres hommes pour peu qu'ils possèdent du pouvoir, un petit comme un grand. Au XIXème siècle Marx nommait ainsi la lutte des classes. Au début du XXIème siècle il est devenu impossible de cerner idéologiquement de manière aussi claire cette perversité des rapports humains qui s'est emparée de toutes les strates de la société et qui démolit, un jour ou l'autre, de l'intérieur, les opprimés comme les oppresseurs.
Mais comment le dire en images?
Klotz met en musique les mots d'Emmanuel et nous donne un film âpre, bouleversant, aussi poétique que politique. L'action se passe dans une usine et le personnage principal - un anti-héros admirablement interprété par Mathieu Almaric - est directeur des ressources humaines et fait passer des entretiens d'embauche. La mécanique du capitalisme commence va commencer à grincer quand on lui demande d'enquêter sur le patron de l'usine que les cadres supérieurs accusent d'absence et de désintéressement du taux de profit de l'usine.
Porté par un scénario sophistiqué, un style à la Polanski premier crû, interprété par des acteurs admirables - Lonsdale, Kalfon, Amalric et aussi Valérie Dreville - ce film vous cloue à votre fauteuil et, lorsque le générique fin s'affiche, vous laisse troublé, désemparé, coupable de ne pas en faire assez pour tous ceux que la vie laisse au bord du chemin.
"La Question humaine", à voir sur les écrans en France.
09:37 Publié dans Laure Adler | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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